La carte postale

photographie Sara Imloul, Le miroir, Das schloss 2014. 

texte Avril Bénard, avec Punto de Fuga et les Éditions Filigranes 2015

 

 

 


 

 

Exposons-nous

Avril Bénard, ELLE.fr 2015

Je reviens d’une exposition.
Il pleuvait une ondée de mois d’Avril. Une ondée imprévue, pas vue dans le ciel du tout, mais efficace et qui trempe. J’y suis allée quand même, cette eau ne m’arrêtant pas. C’est Sara Imloul, qui expose à la Galerie Polka.
C’est Sara Imloul, qui donne à voir, en noir et blanc, le travail réalisé dans son « Château », c’est à dire dans sa maison familiale de lorraine.Je ne la connaissais pas. Je ne connaissais pas ses histoires. Chaque photo tiendrait dans la main, ou dans la poche. La préciosité d’une chose tombée d’un nid. Chaque photo, a la force d’un miroir. La force de l’intime.

Et les visages, découpés et absents, ces fors intérieurs, en deviennent des anonymes dans lesquels on se regarde. Chaque photo, a la beauté des drames.

La beauté des jours de gris. Nous avons beau être samedi, j’ai beau ne jamais vous écrire le samedi, il fallait que je vous le raconte, et que je vous le dise,

qu’il est nécessaire de découvrir ces images.

Das Schloss

Michel Gaillot, extrait Das Schloss, Éditions Filigranes 2015

(...) Finalement, pas plus que cette vaste demeure n’est identifiable, les différents personnages que l’on y rencontre ne peuvent être reconnus ou identifiés, car à chaque fois leurs visages sont en quelque sorte refusés, masqués, soit par des artifices propres à la mise en scène avant les prises de vue, soit après-coup lors du travail de dessin ou de collage que l’artiste effectue sur les négatifs de ses images. Comme s’il s’agissait en fait pour Sara Imloul, non pas de tenter de les représenter le plus objectivement possible, mais de leur faire jouer des rôles fictifs dans ce théâtre intime composé d’ombres et de lumières, de rêves et de souvenirs, de fantasmes et d’introspections que devient Le Château à travers l’objectif de son appareil photographique. Comme s’il s’agissait aussi de complexifier, voire de troubler, la perception de son espace comme celle des corps qui y sont exposés.
Toutefois, bien qu’ainsi profondément marquées par le « fantastique » et le « mystérieux », ces images ne procèdent pas, loin s’en faut, d’une fuite hors du monde ou de sa réalité effective. Elles nous invitent au contraire à toucher et à nous confronter à son entièreté ou son intégrité. Tel est d’ailleurs sans doute le défi majeur de ce travail que de nous convier sur la ligne de front, sur la zone de contact, où le réel et sa part d’ombre, étrange, fantastique ou mystérieuse, ne s’excluent plus mais se recoupent et s’entre-pénètrent sans cesse en un point d’indistinction, porté ici à son incandescence. (...)

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Noir huis clos

Sidonie Gaychet, Galerie Polka 2015

C’est une histoire de famille qui se passe dans un château. A sa manière, lente et sombre, Sara Imloul installe ses personnages dans des jeux de rôles intrigants.

Le « schloss », c’est le surnom d’un château dont les malles regorgent de vieilles photos et de souvenirs, une grande bâtisse lorraine inchauffable occupée par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Les gens du coin appellent toujours Sara Imloul et sa cousine « les petites-filles du château ».

Sur ce royaume de courants d’air règne encore aujourd’hui le grand-père, le patriarche, autour duquel la famille de Sara se réunit. 
« Das Schloss » est donc une série introspective, un huis clos photographique : des séances de poses au développement des tirages, tout se passe là-bas. Thomas Goupille, fondateur de la revue vidéo «Cinq26», lève une part du mystère qui entoure ce travail. Dans le numéro 6*, il a suivi Sara Imloul à travers les différentes étapes de la réalisation d’une image : «Les jambes qui lisent». Tout commence dans la brume matinale alors que Sara attend son modèle, «madame jambes », sa tante, à qui elle va faire tenir la pose pendant les longues secondes que nécessite la technique que l’artiste s’est imposée: la calotypie, ce procédé photographique inventé par Talbot.

« Je ne travaille qu’avec des gens que je connais parce que je sais qu’il est très difficile de poser. Et, en calotypie, tout est très lent. Parce qu’il y a une intimité, je me permets d’aller plus loin, ils me donnent plus, et la projection de mon imaginaire est plus facile avec ceux que j’aime.» 

Avant cela, l’image a été pensée, rêvée. L’artiste a réalisé des esquisses puis cherché les accessoires avec minutie. Ici, par exemple, elle a posé un tissu noir sur le haut du corps de sa tante pour qu’il disparaisse dans le décor. Devant sa chambre photographique (une Toyo-View 4x5), rien n’est donc laissé au hasard. Les déclenchements s’enchaînent.

Le négatif papier obtenu est alors retravaillé, à l’aide d’un pinceau, au ferricyanure de potassium, lequel n’est ordinairement utilisé que sur les tirages. Son usage est irréversible.

Sara enlève du sel d’argent et blanchit le support, ajoute de la matière. Elle emprunte au surréalisme collages et dessins qu’elle effectue à même le négatif. 

«Quand ça ressemble trop à de la photographie, je n’aime pas.»
Enfin, elle tire le positif par contact : le papier photosensible est plaqué contre le négatif puis insolé. Le tirage final aura donc la taille du négatif. Et il sera unique : l’artiste apporte les dernières touches de lumière grâce au rouge de Prusse, l’autre nom du ferricyanure. Chaque image est investie d’une dimension un peu magique. Sara Imloul parle de « constellation familiale » : « Un peu comme une catharsis, comme si l’on posait la famille dans l’espace par le biais de ces jeux de rôles.» 

NÉGATIFS 

Jean-Kenta Gauthier  2012
 

Pour sa série « Négatifs » (2012), Sara Imloul, photographe française née en 1986, a exposé directement le papier dans sa chambre photographique 4x5 pouces, créant ainsi des œuvres uniques en négatif. Par leur pureté, chacune de ses photographies conserve l’aspect matriciel d’un tirage par contact, sauf qu’ici le contact a laissé place au négatif originel sur papier, non reproductible. Ces petits formats sont dignes d’un cabinet de curiosités. La contrainte du négatif unique, non recadré, est pour Sara Imloul un principe de création : l’artiste joue sur les noirs et les blancs pour créer des images, souvent faussement abstraites, dont la ressemblance avec le dessin et la gravure est troublante.

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Le Cirque Noir, une inquiétante étrangeté

Armelle Brusq, Eyemazing Fall 2012
 

« Un théâtre dans un petit format où se joue la scène, la rêverie, le fantasme. Abordant les thèmes du souvenir, de l'ésotérisme et de l'imaginaire collectif, ces photographies sont la trace des êtres d'un autre temps. Comme dans un manège, les fantômes dansent dans la chambre noire. Un studio itinérant où autant de figures viennent s'y transformer, s'y représenter, s'y perdre. Ainsi commence le jeu obscur de l'inconscient où tout est possible. » Sara Imloul

C'est en découvrant la calotypie, (procédé photographique datant du 19e qui permet d'obtenir un négatif papier, impliquant ainsi la reproduction des images par contact), que Sara Imloul, 25 ans, photographe française vivant à Paris, entama la série « Le Cirque Noir » il y a 4 ans.
Les tirages originaux sont de petits formats n'excédant pas les 12 centimètres de haut. Ses expositions sont donc une invitation, à s'approcher, pour découvrir un univers intimiste et mystérieux, où se joue le théâtre d’un monde en noir et blanc, tout à la fois obscur et festif . Un précieux petit cirque rappelant la photographie surréaliste et le cinéma expressionniste des années 30.
Les personnages de Sara Imloul, souvent blancs ou pailletés, pierrots, sirènes, danseuses, travestis, hommes passant, ombres parmi les ombres, sont tous au cœur d'un noir dense et profond. Est-ce de la nuit de l'enfance, de ses rêves autant que de ses cauchemars, que s’échappent ces êtres ?
Tel un voyeur ou un spectateur hypnotisé, car c’est à cela que la photographe nous invite, on remarque parfois des visages sans âge, comme vidés de leur âme : comme s’il ne leur restait plus que leurs atours de pacotille comme toute identité. Regardez ce pierrot, dont le maquillage et la peau se défont, ne restera bientôt que la blancheur du costume. Et cette sirène, elle est si belle qu’on en oublierait presque qu’elle est privée de visage. C’est peut être pour cela qu’elle est belle, pure forme étincelante ? 
Sous ses airs de théâtre enfantin, le travail de la jeune Sara ne serait-il pas ses premiers pas d’une réflexion sur l’identité?
Et quand, puisque toute œuvre d’art ne serait toujours qu’une forme d’autoportrait, on lui demande : où se cache-t-il ? Gardant le mystère, elle préfère ne pas répondre.-

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Le petit théâtre d'ombres

Virginie Luc, Polka magazine Janvier 2012

 

Avec grâce et intensité, Sara Imloul décline en noir et blanc des rêves d’une inquiétante étrangeté. Un jeu poétique, minutieux...A 26 ans, Sara Imloul, des yeux noisette et malicieux, règne sur son petit cirque noir, initié il y a quatre ans. D’où vient l’intensité de ses images en miniature ? Peut-être précisément du format qui invite le spectateur à s’approcher. Elles exigent toute notre attention. « La technique que j’utilise repose sur un procédé ancien, la calotypie. Cette méthode m’oblige à tirer mes images par contact, la taille du tirage correspondant à la taille du négatif. Je retravaille ensuite les détails au pinceau avec différents produits chimiques, comme des petites peintures. Elles sont donc uniques. »

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