La carte Postale

Photographie Sara Imloul, Le miroir, Das Schloss /  Texte Avril Bénard

Projet initié par Punto de Fuga  "L’intimité, le portrait et la déformation en photographie".  

Avec le Monte-en-l'air et les Éditions Filigranes. PARIS PHOTO 2015.

Some walls support a mirror.

That’s what they are for. And that’s all.

They are not expected to do any more than that.

There they are, supporting an abyss.

We enter a room familiar to us, knowing we’ll find a copy of ourself in a mirror.

Often, we even get ready for it.

That mirror is there, welcoming, greeting us.

And even if we don’t stop in front of it,

we catch a glimpse of it as we turn around.

But sometimes, the reflection has been taken down.

Someone, possibly ourself, has taken it off the hook a few hours before, to move it, to clean it, or whatever.

We enter that room, having automatically forgotten it had disappeared. We are expecting to find our self-portrait, as usual.

We are expecting to find that puddle, as usual.

We come in, and it is not there any longer.

We hit the plaster and its emptiness, suddenly more empty at the spot where our window went missing.

We think we have become invisible, we have disappeared.

This lasts just an instant, just the duration of an eclipse.

We take hold of our face to check that it is still palpable.

And it is.

And our memory reminds us. And our memory brings us back.

We are coming back from nothingness.

Avril Bénard

Certains murs portent un miroir.

C’est leur rôle. Et c’est tout.

On ne leur en demande pas davantage.

Ils ont là à soutenir un abîme.

On entre dans une pièce connue, et l’on sait que l’on y trouvera

notre copie dans une glace.

Souvent même on s’y prépare.

Ce miroir est là, et nous accueille et nous reçoit.

Et même si l’on ne s’y arrête pas, on l’aperçoit au détour.

Mais il arrive que le reflet ait été décroché.

Quelqu’un, peut-être nous, l’a ôté du clou quelques heures de l’auparavant, pour le déplacer ou le nettoyer ou qui sait.

Et on entre dans cette pièce, et le réflexe veut que l’on ait oublié cette absence.

On s’attend à y trouver comme d’habitude notre autoportrait.

On s’attend à y trouver comme d’habitude cette flaque.

Et on entre, et il n’y est plus.

Et l’on se heurte au plâtre. À son vide qui paraît là plus vide qu’ailleurs, car notre fenêtre y manque.

On croit être invisible. On croit avoir disparu. Cela dure un instant.

La durée d’une éclipse.

On s’attrape le visage pour vérifier qu’il est palpable encore.

Il l’est.

Et la mémoire nous rappelle. Et la mémoire nous ramène.

On revient du néant.

Avril Bénard

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